Histoire de Landjah

Histoire de Landjah : Un amour de chat.

Histoire de Landjah , UN AMOUR DE CHAT.

Cette histoire appartient à tous ceux et celles qui ont perdu leur compagne ou compagnon " à poil", mais ne doit pas être reproduite à des fins commerciales...il y a des droits d'auteur à respecter . Merci.

Petite boule de poil arrivée dans le creux de ma main, tu pesais cent grammes , environ.
Dans la détresse d'avoir perdu une compagne poilue elle aussi, mais pas de la même espèce, je n'ai pu t'accepter.
Tes petits miaulements désespérés n'ont pas pu m'émouvoir. Je t'ai rejeté.
Je suis partie... quelques jours. Un début de deuil devait commencer sans toi.
La petite toison d'un blanc pur ainsi que le regard azur de notre première rencontre m'ont fait revenir auprès de toi .
Tu devais avoir dix jours environ et ta survie dépendait de moi.
Trimballé une journée entière dans un cartable,( le copain de mon fils t'avais soustrait du nid en partant à l'école ) , tu avais échappé à l'euthanasie du lendemain et mon fils t'avait "sauvé", et aussi "pour te consoler" disait -il...

       
Les quelques gorgées de lait maternisé que tu absorbais par jour ne te permettaient pas de grandir. Une diarrhée suivie d'une déshydratation firent leur apparition et tu t'affaiblissais.
Prise dans le quotidien de ma vie, travail, famille et une autre chienne vieillissante et souffrante que je devais soigner, je ne savais que faire de toi. Les chats m'étaient totalement inconnus.
Je n'avais jamais approché de près ce monde et il m'était jusqu'à ce jour indifférent.
Tu m'observais avec attention et demandais le droit de vivre.
Un début d'instinct se réveilla en moi.

       
Une visite au vétérinaire s'imposa car de plus j'ignorais tout de tes origines. Il me confirma que tu étais en bonne santé malgré ton apparence piteuse. Seulement tu refusais cette tétine dépourvue de chaleur et d'amour, mais tu demandais à vivre. Comment transformer du liquide en solide pour que tu arrives à grandir malgré tout. Il me fallait te nourrir à tout prix.
De plus je devais te mettre à 1'abris de ma chienne, molosse de 60 kilos, qui voyait d'un très mauvais oeil ton arrivée impromptue que je n'avais pas pu préparer comme cela aurait dû l'être.

Que de dangers te menaçaient de toutes parts!

         
    Toute ma vie se trouva chamboulée par un être si petit, si fragile et en même temps passionnant.
Je devais subitement n'exister que pour toi car il me fallait te laver, te chauffer, t'aimer, et te nourrir cinq fois par jour.
Je t'installai dans un petit carton empli d'un pull de laine, sous la chaudière, petite pièce tranquille isolée du reste de la maison.
Là, tu passas deux mois à l'abri et au chaud, mais souvent dans la solitude.
Chaque séparation était souffrance et à la fois bonheur car je savais que j'allais te retrouver, en rentrant du travail.
Quelques jours plus tard, le vétérinaire m'appris que tu étais sourd car tous les chats blancs aux yeux bleus l'étaient forcément, génétiquement. Naviguant à l'aveuglette, entre les tétées de brousse au lait et de riz très cuit données au bout de mon doigt et les premiers essais de communication par sifflements et gestes multiples, j'étais épuisée mais a la fois heureuse car tu répondais à tout.

L'expression de tes yeux d'un bleu intense était captivante et m'apportait une joie indescriptible.
Très vite, tu pris du poids, tu utilisas la litière et tu commençais à explorer ce nouveau monde, à ta façon.
Moi, je découvrais de jour en jour une autre planète, à la fois inquiétante, car cela réveillait en moi de multiples angoisses quant à ton avenir et à la fois merveilleuse car un amour naissait, cela j'en étais sûre.
Je te maintenais contre moi, très près du visage et soufflais de l'air chaud sur toi et toi tu posais tes petites pattes avant autour de mon cou. Tous nos sens étaient en éveil. Ta petite odeur d'astrakan m'ennivrait et je ne pouvais plus m'en passer.
J'étais chaque jour étonnée qu'une telle perfection de la nature m'ait été donnée; cette petite bouche rose, ces minuscules coussins rosés qui s'enfonçaient tour à tour sur ma poitrine et ton ronronnement, ses vibrations pénétraient au plus profond de moi comme une musique douce, j'étais au paradis.
Un mois passa et tu devins de plus en plus explorateur et acrobate. L'espace "chaudière" devenait un peu réduit et ennuyeux et il fallut t'aménager quelques distractions: une souris en peluche, un petit arbre à chat ,un carton vide, une bobine, une petite balle etc…
De longues heures seul t'attendaient.
Tu semblais te prêter facilement à cette solitude car tu ne miaulais jamais.
Je pense que ta surdité en était la raison et cela m'inquiétait...
Ton sens de 1'équilibre ne paraissait cependant pas compromis par ton handicap. Tu commençais à manger seul en tétant dans l'assiette un mélange de brousse et de pâtée spéciale chaton.
Tu te lavais seul et tu étais parfaitement propre.

A deux mois, je fus dans l'obligation de te laisser sortir du petit réduit qui te servait de "cocon".
Il te restait à découvrir une grande maison pleine de danger et un jardin tout aussi vaste.
La chienne, vétérante du logis montrait aussi les dents à chaque fois que tu l'approchais à moins de deux mètres.
C'est la distance qu'elle exigeait d'avoir entre toi et elle, n'étant pas du tout disposée à faire du copinage. Cependant elle ne t'agressait pas.
La surveillance de "mère chatte" d'emprunt était mise à rude épreuve...

Néanmoins,Tu étais attiré irrésistiblement par cette montagne chaude et poilue où tu aspirais te blottir.
Un jour tu ne respectas pas les deux mètres , et elle te croqua le nez.
Toute ta tête aurait pu être engloutie mais tu eus seulement une légère blessure.
Très déçu, tu compris qu'il fallait renoncer et te contenter de « mère chatte » dépourvue de fourrure... Les jours et les mois s’étiraient et tu te transformais en un chat splendide, grand, robuste, musclé et fort d'un blanc de plus en plus pur.
Je devenais tour à tour ta proie, où tu enfonçais tes griffes et tes dents, ou bien un coussin sur lequel tu venais t'étaler, celui-ci étant le plus souvent mon visage.
Tu affectionnais particulièrement cette partie de moi.
Aveuglée par les poils, je ne savais comment commencer un semblant d'éducation. Jusqu'à présent nous n'avions suivi que nos instincts respectifs.
Je constatai que tu percevais les sons aigus et je te parlais "pointu" .
Petit à petit, il s’établit entre nous un code de vie commune dans lequel s'inscrivait un début de distance , de détachement et de petites sanctions.
En petit prédateur, tu me détériorais les mains qui étaient couvertes de morsures et de griffes, je ne pouvais plus tolérer cela, alors tu te retrouvais maintenu par la nuque et plaqué à respectueuse distance jusqu'à ce qu'un miaulement de trêve surgisse. Là je te lâchais et tu partais.
Ceci se reproduisait plusieurs fois par jour.

Par ta curiosité tu atterrissais dans le lave-linge, le micro-onde, le lave vaisselle, les placards et les armoires…tu échappas fréquemment à l'accident.
Par périodes courtes, je te laissais explorer le jardin sous surveillance constante et une pie faillit un jour t'emporter dans son bec.
A partir de là, tu leur déclaras la guerre.
La vieille Léonberg veillait sur toi dehors, tout en maintenant la distance, elle t'apprenait à surveiller ton nouveau territoire.
Lorsque la chienne demandait à sortir, tu te glissais sous elle juste au moment où on ouvrait la porte et tu prenais la poudre d'escampette «incognito ».
Ainsi deux mois passèrent, tu restais les nuits dans notre chambre, cette pièce devenant ton nouveau refuge.
Une semi-liberté nous paraissait plus prudente. A chaque petite escapade, tu revenais toujours et ceci nous remplissaient mutuellement de joie. A trois mois tu fus testé FIV-FELV et vacciné.


        

A quatre mois, tu sortais de plus en plus loin et plus longtemps aussi.
Ton territoire s'étendait au-delà du jardin et à proximité de routes circulantes.
Je te sentais en danger, mais tu semblais tellement heureux, à chaque retour, épuisé. certes, mais ivre d'explorations, d'odeurs, de rencontres avec tes congénères, de soleil, de chasse aux oiseaux et lézards etc....
Tu profitais pleinement de la vie.
De mon côté, c'était l'anxiété permanente. Je craignais trop de te perdre.
Je te mettais chaque jour une protection pour le soleil sur les oreilles car tu le craignais.
Quand tu eus cinq mois, j'adoptai un autre chaton que ma fille me laissa, lequel avait le même âge que toi. Elle l'avait trouvé en plein hiver, abandonné sur une place en Allemagne, il avait environ trois semaines.
L'adaptation se fit bien.

      

   
Ton petit frère aux yeux d'or et à la toison d'ébène te servait de radar.
Vous étiez inséparables.
Tu avais néanmoins instauré une relation dominante à son égard. A six mois, je vous fis castrer tous les deux pour éviter les maladies et les bagarres. Et ainsi les mois s'écoulèrent avec les poursuites effrénées dans la maison, le jardin, les arbres, tous deux insatiables de liberté.
Enfermés toute la nuit dans la chambre pendant mes heures de travail (autrement vous vous échappiez à la première occasion), vous preniez votre mal en patience.
Le lendemain, une nouvelle journée s'annonçait. Tu reprenais alors ta liberté et moi mes angoisses.
Très souvent, tu rapportais de l'extérieur un lézard ou un petit oiseau que tu tenais fièrement dans la bouche en poussant des grognements féroces.
La chienne t’observait d'un oeil condes-cendant.
J'attendais que tu te désintéresses de ta proie pour la prendre délicatement et finir de l'achever dehors car tu ne terminais pas ton travail de chasseur et c'était là le "côté chat" que je n'aimais pas…
A chaque retour au gîte, tu reprenais aussi possession de mon corps et ta tendresse était débordante et sans limites.
Ton compagnon avait du mal à prendre sa place.
La vieille chienne résignée gardait toujours ses distances... elle tolérait seulement votre présence en poussant de grands soupirs lors de vos parties de cache-cache.
La pauvre avait perdu sa compagne et n'accordait pas de place à la gente féline. Mais elle ne cherchait pas à vous faire de mal. Elle avait compris que je désirais qu'elle partage et, en bonne "fifille" soumise, elle acceptait votre existence.
Le petit chat noir ayant compris, lui, dès son arrivée, restait au loin.
De plus, il n'avait jamais cohabité avec un chien.
Elle semblait cependant plus encline à l'entente avec lui plutôt qu'avec toi.
A chaque fois que je m'absentais pour des courses, je te trouvais, assis sagement derrière le portail, comme un petit chien.
J'ouvrais alors, et tu sautais dans la voiture pour t'installer sur la plage arrière..
Auparavant tu frottais tes joues partout et tu plantais tes griffes ça et là. Tu adorais les voyages.
Je déchargeais les sacs et tu me suivais partout, tu mordais dans le plastique pour repérer ce qu'il y avait de bon à manger et tu avais un faible pour les pâtisseries.
Tu aimais aussi te prélasser au bord de la baignoire lorsque j'étais dedans, et observer tous mes gestes.
Ensuite tu entamais, à ton tour, une toilette minutieuse.
Vers 17 H. , je regardais souvent un documentaire animalier à la télévision, et tu t'installais assis devant l'écran captivé par les mouvements des reptiles ou des oiseaux, et de temps à autre , tu envoyais ta petite patte blanche sur l'image ondulante.
Lors de mes soirées de repos, tu restais blottis contre moi, ta petite langue râpeuse me léchant le visage et les mains.
Tu profitais de tous mes instants de disponibilité, toujours avide de caresses.
Notre "code" de communication étant unique, comme une sorte de secret bien gardé.
Tes yeux en amande cerclés de noir, me dévoraient et me fascinaient à la fois.
Toutes tes émotions passaient par ta vision et, tes oreilles sans arrêt en mouvements, cherchaient à capter le moindre son.
Ce que tu devais percevoir était infime, cela donnait à ton regard de porcelaine une intensité toute particulière.

   
Pour la nourriture, tu ne touchais jamais rien d'autre, tu n'aimais que ta pâtée et les croquettes.
J'avais tout essayé.
Lorsque je dormais, tu te couchais souvent sur ma tête et j'étais réveillée par ton doux ronronnement.
Tu n'aimais pas la pluie ni le vent.
Tu m'accompagnais alors partout dans la maison.
Tu te glissais sous les draps quand je changeais les lits, tu attaquais le balai, tu te délectais à te promener là où j'avais lavé, tu sautais sur l'éponge quand je nettoyais les vitres. etc...
Quelquefois, je partais en vacances pour quatre ou cinq jours, et vous partiez tous deux dans votre « chatterie » hôtel "trois étoiles" où vous retrouviez d’autres copains et copines, et là vous aviez un petit jardin sécurisé.
Ainsi un an et demi passa.
Pensant que tu avais établis tes repères à l'extérieur, je relâchai un peu ma surveillance.
Travaillant de nuit, je dormais le matin et, à midi, dès mon réveil, je m'empressais de voir si tu étais rentré.
Si je ne te voyais pas, l'inquiétude commençait à monter et je n'avais de cesse de guetter ton retour.
Un après midi de Janvier, tu ne rentras pas à midi, ni à 14 H., ni à 15 H., ni à 16 H.

A 15 H. , saisie d'un malaise soudain et diffus, je commençai à fouiller les recoins du jardin et les abords des routes.
A l6h.30, je te vis enfin, allongé sur le flanc, sous la caravane placée à quelques mètres de la maison.
J'appelai: "Landjah"! "Landjah"!... deux fois suffirent...
En me baissant pour t'attraper, je vis ta bouche ensanglantée...
Tu étais froid...
Mille poignards me transpercèrent de toute part...
Tu avais probablement, une fois de plus, poursuivi ton ennemi juré, je l'avais surnommé "sans gêne" car il venait fréquemment sur ton terrain de chasse et, dans ta colère, ta vigilance avait baissé.
Un conducteur ignorant les vitesses réglementaires t'avait percuté la tête.
Mais tes dernières forces t'ont ramené dans ton jardin.
Tu avais pourtant une clôture d'un mètre cinquante à franchir, pour moi, c'était le dernier cadeau, le plus beau.
Que serais-je devenue si tu n'étais pas revenu?
Durant l'été, avant ton accident, "Foumaï" nous avait quitté. Elle était arrivée au bout du chemin et s'était endormie en douceur, pour toujours dans mes bras chez le vétérinaire.
Vous veniez juste, tous deux, petits félins, d'arriver à vous blottir contre elle quand elle était dans un sommeil profond.




En ces instants d'écriture qui me permettent de te rejoindre un temps, et de te faire revivre, je survis à ta perte. Je ne mange pas, j'ai juste besoin de respirer à chaque fois que je reprends le stylo qui dérape sur le papier mouillé de mes larmes intarissables. Ma douleur est incommensurable.
Mon coeur, mon ange, ma lumière de tous les jours, tu resteras à jamais au fond de moi. Je te gardai toute la soirée et toute la nuit dans mes bras.
J'imaginais tes derniers instants passés dans la solitude et cela me déchirait.
Je te rappelai le message répété au quotidien " fais attention à toi! reste dans ta maison et dans ton jardin!"
Le lendemain je te fis incinérer et laissai une épitaphe dans le livre d'or.
C'était pour moi le troisième passage en ces lieux en à peine 2 ans...
Mais des questions m'obsèdent: Pourquoi ne pas t'avoir cherché en premier, là où tu étais, un endroit que tu affectionnais pourtant ?
Je me sentais capable d'affronter tes derniers signes de vie.
J'aurais pu ainsi me refléter dans ton regard comme un miroir me renvoyant ta courte vie de deux ans..
.J'aimerais emprunter une phrase écrite par Léonor Fini :
" Le chat est à nos côtés, le souvenir chaud, poilu, moustachu et ronronnant, d'un paradis perdu."

Epilogue :
Le petit chat noir esseulé traîne de jour en jour sa tristesse.
Ses miaulements d'appel me fendent le coeur.
Il sait cependant ce qui t'es arrivé, t'ayant vu inerte. Tu n'as pas réagi à ses petits coups de pattes provocants.

La vie est ainsi faite, il lui faudra attendre un temps pour retrouver une autre compagne qui ne sera pas de son espèce.
Cette fois-ci, il sera le premier dans les lieux, la cohabitation devrait être bonne, saura t'il continuer à se préserver ? l'avenir nous le dira.
je crois qu'à présent ( en 2011 ), je serais prête à acceuillir une seule sorte de chat : Le Ragdoll , car il me semble qu'il pourrait vivre en intérieur, en faisant des sorties contrôlées en laisse, un peu comme un petit chien ...
sans que cela le prive , ceci du fait de son caractère "unique".

En 2011, Tibis est toujours parmi nous, il a gardé sa liberté et apparemment a su se protéger, mais pour lui aussi, je demeure inquiète..
., lui, n'est pas sourd comme Landja , il est arrivé à vieillir...

Ta maman "chatte" Février 2002


MERTENS Chantal





    

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